La flore alpine change : des espèces migrent en altitude, des plantes apparaissent et disparaissent. Le projet Flora Raetica du SLF étudie, avec des organisations partenaires et des citoyens scientifiques bénévoles, comment le changement climatique modifie la diversité végétale grisonne et compare les constats aux relevés de près de 100 ans.
« Voici le nard raide », explique Christian Rixen, « et ici la flouve alpine, c’est elle qui donne au foin sa bonne odeur. » Il tient la plante dans sa main. La racine dégage une légère odeur de térébenthine. Des vaches paissent plus bas sur la pente. Leurs cloches tintent en ce mercredi matin du mois d’août. Le soleil se hisse lentement au-dessus de la crête. La journée s’annonce chaude. Mais Christian Rixen n’a d’yeux que pour la flore qui l’entoure : « Oh, une renoncule des montagnes, elle n’a plus été signalée ici depuis trois ans, et la laîche courbée là-bas depuis 13 ans, et la linaire des Alpes, nous ne l’avions encore jamais vue ici. »
Christian Rixen est botaniste au SLF – ce matin, il est vraiment dans son élément. Il est codirecteur du projet
Flora Raetica (voir encadré). Au début des années 30 du siècle dernier, les deux botanistes Josias Braun-Blanquet et Eduard Rübel avaient répertorié la flore des Grisons. Dans le cadre du projet, Christian Rixen étudie quelles espèces sont apparues depuis lors, lesquelles ont disparu et comment leur présence s’est déplacée d’une région à une autre.
Une surprise en altitude
C’est pour cela qu’il se trouve aujourd’hui au pied du Jatzhorn, près de Davos. L’un des 1104 carrés d’inventaire éclair du projet se trouve à une altitude comprise entre 2400 et 2500 m. C’est ainsi qu’il appelle des surfaces de cent mètres sur cent, dans lesquelles les collaboratrices et collaborateurs du projet vérifient une à trois fois quelles espèces végétales y poussent. Christian Rixen montre des feuilles vertes sur le sol et explique la méthode : « On se rend sur place et on note tout ce qu’on trouve, par exemple, ici, la gentiane ponctuée. » Encore que « noter » ne soit pas tout à fait le terme exact. En réalité, Christian Rixen et Ingrid Jansen, la coordinatrice du projet qui l’accompagne aujourd’hui, saisissent leurs trouvailles dans une appli sur un smartphone. D’un carré d’inventaire éclair à l’autre, la diversité des espèces varie parfois considérablement, selon la situation et le nombre d’habitats. Ici, en montagne, les surfaces herbeuses alternent avec les zones rocheuses. À d’autres endroits des Grisons, on trouvera peut-être des éboulis, ou un ruisseau serpentant à travers le paysage.
À 2520 m d’altitude, Christian Rixen s’arrête. Un petit épicéa a pris racine ici en altitude. Il ne mesure certes que dix à vingt centimètres, mais c’est déjà ça. « Pour les épicéas, les altitudes supérieures à 2500 mètres sont déjà élevées », explique Christian Rixen. Déjà à 2450 m d’altitude, trois mélèzes l’avaient surpris. Les étés toujours plus chauds en raison du changement climatique ont fait remonter la limite supérieure de la forêt d’environ 400 mètres au cours des cinquante dernières années, précise le scientifique : « Mais les arbres restent à la traîne. C’est pourquoi il est intéressant de trouver quelques exemplaires isolés plus haut. »
Un automne précoce
Le changement climatique se fait sentir. Grâce à la comparaison avec les données historiques, les scientifiques peuvent déterminer à quelles altitudes certaines plantes étaient présentes il y a près de cent ans, lesquelles migrent vers le haut et si une concurrence croissante les chasse des altitudes plus basses. « Nous observons, pour 2500 espèces végétales, où elles se trouvaient autrefois et où elles se trouvent aujourd’hui », explique Christian Rixen.
Toutes ne profitent pas du réchauffement. De nombreuses plantes ont besoin d’une certaine quantité cumulée de chaleur sur l’ensemble de l’année. S’il fait chaud, comme cet été, elles ne peuvent pas en tirer parti. Pour elles, l’automne commence plus tôt. Christian Rixen inspire profondément : « On le sent déjà ici, ce parfum de valériane, il est typique lorsque les feuilles se décomposent. »
Aucun citoyen scientifique n’est tenu de connaître toutes les plantes
Toutes les personnes qui participent au projet Flora Raetica ne possèdent pas nécessairement des connaissances aussi approfondies. Il s’agit d’un projet typique de science citoyenne. Dans ce genre de projets, des citoyennes et des citoyens soutiennent activement, en tant que bénévoles, le travail des chercheuses et chercheurs. Chacune et chacun peut donc participer, même si des connaissances de base en botanique sont utiles. Mais aucun citoyen scientifique n’est tenu de connaître toutes les plantes.
L’appli InfoFlora apporte son soutien et aide à identifier correctement les plantes. « Beaucoup viennent d’abord faire un essai avec nous, ils voient alors s’ils y prennent plaisir », explique Christian Rixen. Celles et ceux qui poursuivent l’aventure participent à un projet de plus grande envergure. Car Flora Raetica s’inscrit dans InfoFlora, un projet qui étudie les espèces dans toute la Suisse.
De plus, personne n’est tenu d’examiner consciencieusement les carrés d’inventaire éclair situés à proximité de chez soi. Il n’est même pas obligatoire de se concentrer sur tout un carré d’inventaire éclair : des activités moins exigeantes constituent elles aussi une aide indispensable et précieuse. Tous les citoyens scientifiques peuvent choisir librement leur niveau d’implication dans le projet. « Il existe aussi des missions spécifiques, comme la recherche d’une espèce rare de fraisier sur la Hohe Promenade à Davos », ajoute Christian Rixen pour décrire un autre type de mission. Ou la recherche d’espèces figurant sur la liste rouge et menacées d’extinction.
Vers trois heures moins le quart, Christian Rixen et Ingrid Jansen ont terminé l’examen de leur carré d’inventaire éclair. Le botaniste pianote sur son smartphone : « Nous envoyons maintenant notre rapport de mission, il sera dans le système dès demain. » Dernière plante recensée : à 14 h 42,
Soldanella pusilla, une soldanelle naine.
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Le projet Flora Raetica expliqué brièvement en cinq points
- Quoi ? Flora Raetica étudie l’évolution de la flore des Grisons au cours des quelque 100 dernières années.
- Pourquoi ? La comparaison montre quelles espèces végétales apparaissent, disparaissent ou se déplacent vers des altitudes plus élevées – notamment en raison du changement climatique.
- Comment ? Les relevés botaniques actuels sont comparés aux observations effectuées au cours des années 1930.
- Qui ? Les chercheuses et chercheurs collaborent avec des bénévoles. Dans le cadre de ce projet de science citoyenne, les citoyennes et citoyens intéressés peuvent également recenser des plantes.
- Dans quel but ? Les données aident à identifier et à mieux comprendre les changements à long terme de la flore alpine et de la diversité des espèces dans les Grisons.