Beaucoup d'eau, des fins sédiments fins et une pente raide: il n’en faut pas plus pour obtenir une coulée dangereuse. Pour mieux comprendre ce phénomène, une équipe du SLF a étudié dix couloirs suisses. Ses travaux alimenteront les modèles de lave torrentielle nouvelle génération.
Une masse brunâtre traverse le paysage. Un mélange d’eau, de débris rocheux et de fines particules. Ces écoulements venant des montagnes ne sont pas rares. Ils charrient dans la vallée des quantités impressionnantes de matériaux. De quoi remplir un bon millier de camions. Ces phénomènes occasionnent des dégâts annuels dépassant les cent millions de francs, rien qu’en Suisse. Très rares car fastidieuses à collecter dans les couloirs de laves torrentielles, les données sont toutefois indispensables à une meilleure compréhension de ce danger naturel. Les équipes Mouvements de masse alpins et Télédétection alpine du WSL Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF y ont remédié. Durant l’été 2024, elles ont étudié dix couloirs de laves torrentielles : neuf dans les Grisons, un en Valais. Chercheur Hervé Vicari expliquer maintenant leurs conclusions.
Règle générale sur l’érosion
Interrogé sur les paramètres qui entraînent des laves torrentielles dangereuses, H. Vicari explique une règle générale : « Les grands couloirs escarpés avec de fins sédiments sont les plus propices à l’érosion. Les sédiments à grains fins s’érodent plus vite car ils sont moins perméables et ne peuvent pas dévier la pression de l’eau. » Le groupe de recherche a également mis au point un nouveau modèle qui traite séparément les composantes solides et liquides d'une coulée de boue potentielle. Les modèles actuels traitent les laves torrentielles comme un mélange homogène, négligeant ainsi certains paramètres mécaniques déterminants. « Les modèles de lave torrentielle nouvelle génération » tiendront ainsi compte de l’interaction de l’eau et des sédiments dans le lit du couloir. La simulation de la dynamique des laves torrentielles sera plus réaliste et naturelle. « Plus le mélange boue-débris rocheux de la lave torrentielle est riche en eau, moins il y a de frottements entre les particules et plus les matériaux du couloir s’érodent », explique H. Vicari.
Un travail de terrain dans le lit
Les spécialistes de la télédétection alpine ont été sollicités pour collecter des données des couloirs de lave torrentielle. Ils ont multiplié les vols de drone pour enregistrer les changements de hauteur au sein du lit dus à l’érosion et aux dépôts. Dans les parties raides des couloirs, les laves torrentielles entraînent beaucoup de matériaux. Mais la topographie seule ne suffit pas à provoquer une lave torrentielle. Hervé Vicari et son équipe ont donc aussi étudié la stabilité du sol et la granulométrie des sédiments.