Impro, méditation et jeux soutiennent les ados anxieux
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Impro, méditation et jeux soutiennent les ados anxieux


Les difficultés émotionnelles sont en augmentation chez les jeunes, en particulier depuis la pandémie de Covid-19. Dans ce contexte, le développement des compétences socio-émotionnelles peut contribuer à renforcer leur capacité à faire face aux difficultés. Une équipe de l’Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec UniDistance Suisse, l’Université de Fribourg et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), s’est intéressée aux effets de la pratique régulière en classe de l’improvisation théâtrale, de la méditation pleine conscience et des jeux de société axés sur les émotions. Elle montre que ces activités ont un effet protecteur sur la santé mentale et le sentiment d’efficacité personnelle des adolescentes et adolescents les plus anxieux. L’improvisation théâtrale, en particulier, favorise le développement de l’empathie et de la collaboration, quel que soit le niveau d’anxiété des élèves. Ces travaux sont publiés dans Social and Emotional Learning: Research, Practice, and Policy.

Période clé du développement, l’adolescence est marquée par une vulnérabilité émotionnelle accrue. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), un ou une jeune de 10 à 19 ans sur sept souffre aujourd'hui d'un trouble mental. Dans ce contexte, le développement des compétences socio-émotionnelles constitue un levier prometteur pour favoriser la réussite scolaire et aider les adolescentes et adolescents, en particulier les plus vulnérables, à mieux faire face aux défis de cette période. Identifier des approches efficaces et adaptées à cette population constitue donc un enjeu important.

Dans ce but, une équipe de l’UNIGE, en collaboration avec UniDistance Suisse, l'Université de Fribourg et les HUG, a comparé les effets de trois activités proposées en milieu scolaire: l’improvisation théâtrale, la méditation pleine conscience et des jeux de société axés sur les émotions. L’étude a été menée auprès de 300 élèves de 15 ans et plus, scolarisés dans trois établissements genevois de formation préprofessionnelle ou du secondaire II.

Durant neuf semaines, les classes ont participé à une séance hebdomadaire de 90 minutes consacrée à ces trois activités. En parallèle, un groupe d'élèves suivait, durant la même période, un cours de bureautique orienté vers la recherche d’emploi, sans contenu social ou émotionnel. Avant et après le programme, les scientifiques ont évalué différentes dimensions: difficultés émotionnelles et comportementales, sentiment d’efficacité personnelle, régulation des émotions, empathie, reconnaissance émotionnelle et disposition à collaborer. Les adolescentes et adolescents impliqués dans le programme pouvaient présenter de multiples facteurs de vulnérabilité, notamment sur les plans émotionnel et scolaire, avec, pour certain-es, un risque élevé de décrochage scolaire.

Effet protecteur chez les individus les plus anxieux

Les résultats ne montrent pas d’amélioration généralisée des compétences sociales et émotionnelles chez l’ensemble des élèves. En revanche, ils révèlent des effets différents selon le niveau d’anxiété au début de l’étude. Près d’un tiers des participantes et participants présentaient alors un niveau d’anxiété modéré à élevé.

Dans le groupe témoin, qui suivait le cours de bureautique et de recherche d'emploi, les jeunes ont vu leurs difficultés émotionnelles et comportementales augmenter au fil des neuf semaines, tandis que leur sentiment d’efficacité personnelle diminuait. Ce dernier désigne la confiance d’une personne dans sa capacité à faire face aux difficultés et à agir efficacement. Chez les adolescentes et adolescents ayant participé au théâtre d’improvisation, à la pleine conscience ou aux jeux de société, ces deux dimensions sont au contraire restées globalement stables. Les scientifiques ont même observé une légère diminution des difficultés émotionnelles et relationnelles chez les élèves les plus anxieux ayant pratiqué la méditation pleine conscience.

«Le résultat le plus important n’est pas une amélioration spectaculaire chez tous les élèves, mais le fait que ces activités semblent avoir empêché une dégradation chez celles et ceux qui étaient déjà les plus vulnérables», explique Nathalie Mella, chargée de cours à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE), chercheuse associée au Centre interfacultaire en sciences affectives (CISA) de l’UNIGE, qui a co-dirigé l’étude avec Gwladys Rey, adjointe scientifique à la FPSE. «Cela invite non seulement à se demander si une intervention fonctionne en moyenne, mais aussi auprès de quels élèves elle peut être particulièrement utile.».

L’improvisation favorise l’empathie et la collaboration

Le théâtre d’improvisation se distingue par ailleurs des deux autres activités. Après neuf séances, les élèves concernés montrent une progression de l’empathie cognitive – c’est-à-dire de leur capacité à adopter le point de vue d’autrui et à comprendre ses émotions – mais aussi de leur disposition à collaborer. Cette évolution s'observe indépendamment de leur niveau initial d’anxiété.

«L’improvisation crée une forme de laboratoire social: les élèves doivent exprimer leurs émotions et reconnaitre celles des autres, s’ajuster aux autres en temps réel, tout en évoluant dans un cadre ludique où l’erreur peut devenir une ressource», soulignent Nathalie Mella et David Sander, professeur ordinaire à la FPSE et au CISA, responsable de l’étude. Cette activité a aussi été la plus appréciée des élèves. Cette adhésion représente un enjeu central à l’adolescence, âge auquel les interventions trop imposées ou trop proches d’un enseignement classique peuvent susciter du désengagement.

Cette étude suggère que l’école peut offrir, dans le cadre ordinaire des cours, des espaces expérientiels, ludiques et relationnels capables de soutenir les adolescentes et adolescents les plus fragiles. Les résultats plaident pour des dispositifs qui accordent une place centrale à la participation active, aux interactions entre pairs et au sentiment de sécurité au sein du groupe. L'équipe de recherche poursuit actuellement ces travaux soutenus par le Fonds national suisse (FNS) avec une nouvelle étude consacrée à l’improvisation théâtrale, afin d'en évaluer les effets auprès d'élèves issus de la migration.

"Common and differential effects of improvisation theater, mindfulness training and board games at school on adolescents’ social and emotional competencies"
Nathalie Mella, Gwladys Rey, Alexandra Zaharia, Mariana Magnus Smith, Andrea C. Samson, Edouard Gentaz, Camille Piguet, David Sander
Social and Emotional Learning: Research, Practice, and Policy
DOI: 10.1016/j.sel.2026.100213
Regions: Europe, Switzerland
Keywords: Society, Psychology

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