Une nouvelle étude montre que les caractéristiques psychologiques des propriétaires de chevaux, notamment leurs styles d'attachement et leurs traits de personnalité, sont systématiquement liés à la fréquence à laquelle ils montent, entraînent et passent du temps de qualité avec leurs chevaux, ainsi qu'au matériel qu'ils choisissent d'utiliser. Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur la façon dont la psychologie humaine façonne le bien-être et la gestion des chevaux.
La théorie de l'attachement, développée à l'origine pour décrire les liens émotionnels entre humains, est de plus en plus appliquée aux relations homme-animal. Le style d'attachement décrit la façon dont les individus entrent en relation avec les autres sur le plan émotionnel : les personnes présentant un attachement dit « évitant » élevé ont tendance à se distancer émotionnellement et à moins compter sur les autres, tandis que celles présentant un attachement de type « anxieux » élevé cherchent davantage la proximité et craignent le rejet ou l'abandon.
« Nous nous demandions si ces tendances psychologiques, bien étudiées dans les relations humaines, se manifesteraient également dans la façon dont les gens interagissent avec leurs chevaux, et c'est effectivement le cas », déclare l'auteure principale de l'étude, la chercheuse française
Océane Liehrmann, du Département de biologie de l'Université de Turku (Finlande) et du Département des biosystèmes et technologies de l'Université suédoise des sciences agricoles (Suède).
L'enquête en ligne rassemble 2 239 cavaliers du monde entier, mais c'est la France qui se distingue : avec 40 % des participants, les Français se sont imposés comme les contributeurs les plus enthousiastes de cette étude internationale. L'enquête évalue leurs styles d'attachement à l'aide du
Questionnaire d'attachement au cheval (HAQ), validé par le groupe de recherche dans une précédente étude, et leurs traits de personnalité à l'aide du questionnaire Short Five.
Les propriétaires indiquent la fréquence à laquelle ils montent, pratiquent le travail à pied et passent du temps de qualité avec leurs chevaux, ainsi que le type d'enrênements et d'embouchures utilisés.
Les propriétaires émotionnellement distants interagissent moins avec leurs chevaux
Les résultats révèlent un schéma clair : les propriétaires qui passent plus de temps avec leurs chevaux, que ce soit à les monter, à les entraîner ou simplement à être avec eux, ont tendance à être plus ouverts émotionnellement et moins anxieux avec leurs chevaux. À l'inverse, les propriétaires maintenant une plus grande distance émotionnelle tendent également à interagir moins fréquemment avec leurs chevaux, passant moins de temps à les monter et à s'impliquer dans des activités à leur contact.
« Cela fait écho à ce qui est observé dans la recherche sur les animaux de compagnie, où les personnes présentant un attachement évitant plus élevé ont tendance à être moins attentives et moins impliquées dans les soins de leurs animaux. Nos résultats suggèrent que cette même dynamique s'étend à la possession de chevaux », souligne Océane Liehrmann.
Il est intéressant de noter que le type d'interaction et la durée de la relation ont également leur importance. Les propriétaires qui passent régulièrement du temps informel et non structuré avec leur cheval, simplement en étant présents avec eux, sans objectif d'entraînement précis, affichent l'attachement le moins évitant. Les propriétaires entretenant une relation de plus longue durée avec leur cheval présentent un attachement évitant progressivement plus faible : ceux qui connaissent leur cheval depuis plus de 10 ans sont environ 15 % moins évitants que ceux dont la relation dure moins d'un an.
La personnalité des propriétaires joue également un rôle dans leur manière d'interagir avec leur cheval, bien que les différences entre les groupes soient subtiles. Ceux qui montent à cheval plus fréquemment ont tendance à être légèrement plus organisés, extravertis et stables sur le plan émotionnel. En revanche, les propriétaires qui pratiquent plus souvent le travail à pied tendent à obtenir des scores plus élevés d'ouverture aux nouvelles expériences, ce qui peut refléter une plus grande curiosité et une volonté d'explorer des méthodes d'entraînement non traditionnelles, centrées sur le cheval.
« Il ne s'agit pas de différences spectaculaires, mais elles sont cohérentes et significatives. La personnalité façonne la manière dont les individus abordent leurs activités dans de nombreux domaines de la vie, et la pratique équestre ne semble pas faire exception », explique Océane Liehrmann.
Le choix du matériel lié à la distance émotionnelle
L'étude met également en évidence des liens subtils entre le choix de l’embouchure et la psychologie du propriétaire. Les propriétaires utilisant des embouchures sans mors, ou alternant entre avec et sans mors, ont tendance à obtenir des scores légèrement plus faibles en matière d’évitement que ceux montant exclusivement avec un mors. Les propriétaires ouverts à l'utilisation des deux types de filet ont également tendance à obtenir des scores plus élevés en matière d'ouverture aux nouvelles expériences, ce qui suggère une plus grande volonté d'explorer différentes approches de l'équitation.
Les chercheurs précisent qu'il s'agit de tendances modestes observées au sein d'un large groupe de propriétaires, et que le choix du matériel est influencé par de nombreux facteurs, notamment la discipline équestre, le parcours de formation et les besoins propres à chaque cheval.
Plutôt que de pointer du doigt une pratique particulière, ces résultats suggèrent que réfléchir à nos propres tendances psychologiques peut constituer une étape précieuse vers une prise de décision plus consciente et centrée sur le cheval.
Implications pour le bien-être et la formation des chevaux
Les chercheurs soulignent que même des différences psychologiques modestes peuvent avoir une importance pratique lorsqu'elles influencent de manière constante la gestion et les soins apportés aux chevaux au fil du temps.
« Comprendre le profil psychologique des propriétaires de chevaux peut aider à adapter les programmes de formation, à améliorer la communication entre l'homme et le cheval, et à favoriser un meilleur bien-être équin. La conception d'outils permettant aux cavaliers de mieux prendre conscience de leurs propres tendances psychologiques peut constituer une avancée significative dans cette direction », conclut Océane Liehrmann.