Les candidats wallons ont moins de chances d'être engagés
Une étude expérimentale menée auprès de recruteurs flamands situés à proximité de la frontière linguistique a examiné si les candidats wallons avaient moins de chances que les candidats flamands d'être invités à un entretien d'embauche ou d'être engagés. Pour ce faire, les chercheurs ont soumis aux recruteurs des CV de sortants d'école fictifs. Ces CV différaient notamment par le nom, le lieu de naissance, le lieu de résidence, le lieu de scolarité secondaire et la maîtrise des langues.
Bien que tous les candidats répondaient aux exigences linguistiques des fonctions fictives auxquelles ils postulaient, les recruteurs se sont révélés nettement moins enclins à inviter à un entretien ou à engager un candidat qu'ils percevaient comme wallon.
« Même lorsque les candidats wallons répondent pleinement aux attentes en matière de langue et de formation, on observe que les employeurs flamands leur offrent systématiquement moins de chances qu'à des candidats flamands comparables. Cette forme de discrimination était jusqu'ici restée peu étudiée sur le marché du travail belge. »
Louise Devos, doctorante en économie du travail (UGent)
Perceptions négatives en matière de productivité et de collaboration
Outre la probabilité d'être invité à un entretien ou engagé, les recruteurs ont également été interrogés sur la manière dont ils évaluaient les candidats sur plusieurs aspects liés à la productivité. Ils devaient en outre estimer dans quelle mesure eux-mêmes, leurs collègues et leurs clients seraient disposés à collaborer avec le candidat. Ce dispositif s'inscrit dans les deux grands cadres explicatifs de la discrimination sur le marché du travail : la discrimination statistique et la discrimination fondée sur les préférences.
En ce qui concerne la discrimination statistique (liée à la productivité), les candidats wallons sont en particulier jugés (1) moins ambitieux, (2) moins disponibles en cas de besoin, (3) moins habiles dans leurs relations avec autrui, (4) moins responsables et (5) moins ponctuels.
« Leur productivité est en outre jugée plus faible parce qu'ils fourniraient moins de travail, communiqueraient moins bien, seraient moins agréables dans les interactions, moins matures, respecteraient moins l'autorité et seraient moins motivés.
Comme c'est toujours le cas pour la discrimination statistique, nous ne pouvons exclure que certains stigmates correspondent à des différences existantes entre les groupes de travailleurs flamands et wallons, mais il n'est évidemment ni légal ni éthique d'en priver un candidat individuel de ses chances. »
Stijn Baert, professeur d'économie du travail (UGent)
En matière de discrimination fondée sur les préférences, les employeurs ont indiqué qu'ils seraient eux-mêmes moins enclins à collaborer avec des candidats wallons qu'avec des candidats flamands, et supposaient que leurs collègues et clients le seraient également moins.
Implications : gérer son CV de manière stratégique et un frein structurel à la mobilité
La discrimination fondée sur l'origine régionale constitue ainsi un obstacle supplémentaire pour les demandeurs d'emploi wallons souhaitant travailler en Flandre. Cette forme de discrimination complique la mobilité que les services belges de l'emploi tentent pourtant activement de stimuler. Dans l'expérience, les employeurs déduisaient l'identité wallonne des candidats à partir d'éléments tels que le nom, le lieu de naissance, le lieu de résidence, le lieu de scolarité secondaire et la maîtrise des langues. Les demandeurs d'emploi wallons souhaitant augmenter leurs chances peuvent donc choisir d'omettre certains signaux d'origine régionale sur leur CV — par exemple en mentionnant uniquement le diplôme obtenu, sans indiquer l'établissement où il a été obtenu.
« Le marché du travail flamand est en surchauffe depuis un certain temps déjà. La forte demande de main-d'œuvre des employeurs flamands pourrait être en partie comblée en se tournant vers les demandeurs d'emploi de nos voisins du sud. Cela aussi relève de la migration de travail. Pourtant, les recruteurs flamands ne sont pas convaincus de leur potentiel, ce qui complique la mobilité interrégionale nécessaire. Il semble judicieux que les demandeurs d'emploi wallons contrebalancent les stigmates mis en évidence par notre étude en mettant en avant, par exemple, une ambition (sincère), un sens des responsabilités ou une ponctualité. »
Louis Lippens, chercheur postdoctoral en économie du travail (UGent)
Infos
L'ensemble du dispositif de l'étude et tous les résultats peuvent être consultés ici. Cette étude est le fruit d'une collaboration entre Louise Devos (première autrice), dr. Louis Lippens, Dagmar Claus et prof. Stijn Baert, tous de l'UGent.