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News Release

Encadrer la police aux États-Unis

15 December 2017 McGill University

Pourquoi certaines villes autorisent leurs policiers à appliquer la loi sur l’immigration et d’autres pas

Aux États-Unis, la façon dont les corps de police traitent les personnes soupçonnées d’être des immigrants illégaux varie grandement d’une ville à une autre. À Albuquerque, au Nouveau-Mexique, le service de police a émis une directive claire : « Les agents de police ne doivent interpeller, questionner, détenir, ni arrêter quiconque au seul motif qu’il puisse s’agir d’un étranger sans papiers ou susceptible d’expulsion ». Cela dit, une telle politique est inhabituelle. À l’échelle du pays, depuis le milieu des années 1990, les services de police locaux sont de plus en plus portés à appliquer les lois fédérales en matière d’immigration.

Après avoir examiné les données de 160 villes américaines de 100 000 habitants et plus entre 2000 et 2007, les chercheurs Jason Carmichael, de l’Université McGill, et Stephanie Kent, de l’Université d’État de Cleveland, ont découvert que ce sont les villes à forte population hispanique et affichant des inégalités économiques marquées qui ont LE MOINS tendance à émettre aux policiers des consignes relatives au traitement des personnes qu’ils soupçonnent d’être des étrangers sans papiers.

Ils ont également constaté que, dans les villes où la population hispanique est davantage ghettoïsée, les services de police sont plus enclins à collaborer avec les autorités fédérales de l’immigration. D’ailleurs, des études antérieures semblent indiquer que les membres du groupe majoritaire sont plus susceptibles d’attribuer des stéréotypes négatifs aux minorités et de craindre ces dernières lorsqu’elles vivent dans des communautés ghettoïsées. Ces sentiments peuvent alors les amener à appuyer davantage les mesures de lutte à la criminalité.

Quelles sont les conséquences de cette situation?

Opinion des chercheurs

1- L’application des lois sur l’immigration par les services de police locaux pourrait miner la confiance de la population à l’endroit des autorités policières, tout particulièrement au sein des communautés ciblées. Les chercheurs ont relevé plusieurs conséquences de cette perte de confiance : une réduction de la probabilité de voir les activités criminelles signalées à la police ainsi qu’une moins grande volonté des citoyens à collaborer à des enquêtes policières en cours ou à agir à titre de témoins ou d’informateurs.

2- Dans de telles circonstances, on observe souvent une recrudescence de la violence dans les communautés ciblées ou d’autres formes de victimisation, étant donné que certains individus profitent du fait que les résidents sont moins portés à signaler les activités criminelles. C’est particulièrement le cas chez ceux qui sont eux-mêmes immigrants illégaux ou qui ont des membres de la famille sans statut légal au pays.

Les chercheurs ajoutent que l’appel du président Donald Trump à une plus grande collaboration entre les autorités fédérales de l’immigration et les services de police locaux a eu peu d’incidence sur la façon dont ces derniers traitent les personnes qu’ils soupçonnent d’être entrées illégalement au pays, vraisemblablement parce que la Maison-Blanche n’a pour ainsi dire aucun droit de regard sur les règles et les pratiques qui régissent les corps de police locaux.

« Depuis des dizaines d’années, des candidats aux élections fédérales font campagne sur la lutte à la criminalité, mais, une fois en poste, ils constatent que cet enjeu échappe à leur emprise, étant donné que les priorités et les pratiques en matière d’application de la loi sont établies en grande partie par les autorités municipales », affirme Jason Carmichael, qui enseigne au Département de sociologie de l’Université McGill.

« L’administration Trump peut bien tenter de dicter aux élus municipaux comment traiter les non-citoyens (p. ex., les livrer aux autorités fédérales de l’immigration), mais rien ne peut les contraindre à se soumettre à une telle directive. La collaboration des villes à cet égard est volontaire dans presque tous les cas. Nous avons observé que les autorités municipales sont plus disposées à collaborer avec le fédéral en présence de grandes communautés hispaniques concentrées dans certains quartiers résidentiels ».

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