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News Release

Santé génitale et urinaire des enfants agressés sexuellement: des conséquences pour les filles

15 December 2017 Université de Montréal

MONTRÉAL, le 19 décembre 2017 – Les scientifiques et les cliniciens ont documenté depuis longtemps les importantes séquelles psychologiques dont souffrent les enfants victimes d’abus sexuels, mais qu’en est-il des conséquences physiques sur leur santé sexuelle? C’est à cette question que répond une partie de la thèse de doctorat de Pascale Vézina-Gagnon, du Département de psychologie de l’Université de Montréal, dont les conclusions viennent d’être publiées dans le The Journal of Pediatrics.

Ses recherches, menées auprès d’une cohorte de 882 enfants victimes d’agressions sexuelles et d’un groupe témoin de 882 enfants, démontrent que, jusqu’à 12 ans après avoir subi une ou plusieurs agressions sexuelles corroborées, les filles du groupe d’enfants agressés ont reçu 2,1 fois plus de diagnostics médicaux pour des problèmes urinaires et 1,4 fois plus pour des problèmes génitaux, comparativement aux filles du groupe témoin. Chez les garçons, aucune différence n’a été observée dans le nombre de diagnostics entre les garçons victimes d’abus sexuels et ceux du groupe témoin. De plus, autant pour les filles que pour les garçons, il n’y a eu aucune différence de notée dans le nombre de diagnostics pour les infections transmises sexuellement.

«Cette recherche a des retombées cliniques majeures, puisqu'à ce jour nous savions peu de choses sur les répercussions d’une agression sexuelle sur la santé physique des jeunes victimes, plus spécifiquement sur la santé de l'appareil génito-urinaire, alors qu’il est, en général, directement touché lors de l'agression sexuelle, souligne Pascale Vézina-Gagnon. À la lumière des résultats, il est impératif de mettre en place des protocoles d’intervention et de prévention permettant de limiter la chronicisation de ces problèmes de santé jusqu’à l'âge adulte.»

Le cadre de l’étude

L’étude a été effectuée sous la direction de la professeure de psychologie Isabelle Daigneault, spécialiste des abus sexuels chez les enfants. Y ont également participé le Dr Jean-Yves Frappier, professeur de pédiatrie à l’UdeM et pédiatre spécialisé dans les abus sexuels au CHU Sainte-Justine, et la professeure de psychologie Sophie Bergeron, spécialisée dans le traitement de la douleur gynécologique.

L’équipe de recherche a utilisé les données administratives médicales de la Régie de l'assurance maladie du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux afin de comparer les diagnostics d'infections transmises sexuellement, de problèmes urinaires et de problèmes génitaux chez 882 enfants victimes d'agressions sexuelles – âgés de 1 à 17 ans et ayant en moyenne 11 ans au moment de la corroboration de l'agression sexuelle par le Directeur de la protection de la jeunesse – et chez 882 enfants non agressés du même âge et du même statut socioéconomique.

Les problèmes de santé génito-urinaires et la nature des agressions sexuelles

Les infections urinaires et les inflammations bactériennes des reins étaient les problèmes urinaires les plus fréquemment rapportés tandis que, pour ce qui est des problèmes génitaux, des affections du pénis, des maladies inflammatoires du col de l’utérus, de l'utérus, du vagin et de la vulve, des vaginites, des kystes ovariens et des problèmes de menstruation figuraient parmi les diagnostics.

Bien que la nature des agressions sexuelles n’ait pas été spécifiée dans les bases de données fournies aux chercheurs, une étude d’incidence sur les cas d’agressions traités par le Directeur de la protection de la jeunesse évaluait que 46 % des agressions étaient des attouchements, 17 % des pénétrations ou des tentatives de pénétration et 9 % des rapports sexuels oraux.

Pourquoi les filles et pas les garçons?

Une ou plusieurs agressions sexuelles corroborées n’ont pas d’influence sur le nombre de diagnostics de problèmes génito-urinaires chez les garçons: voilà l'un des principal élément de nouveauté qu’apporte la présente étude.

«Il est possible que, chez les garçons, les conséquences d’une agression sexuelle se manifestent par d’autres problèmes de santé, comme des troubles gastro-intestinaux ou d’autres symptômes somatiques, explique Mme Vézina-Gagnon. Une étude récente a d’ailleurs révélé que les agressions sexuelles chez les garçons étaient associées de façon plus importante à des problèmes de santé graves requérant l’hospitalisation.»

Les infections transmises sexuellement (ITS)

L’étude a fourni des résultats étonnants quant aux diagnostics d’infections transmises sexuellement (ITS): autant pour les filles que pour les garçons, il n’y avait aucune différence dans le nombre de diagnostics d’ITS avec le groupe témoin, ce qui contredit les résultats d'études antérieures. «Cela pourrait s’expliquer par l’âge relativement jeune des participants au terme de l'étude en 2013. Bien que l'activité sexuelle des participants ne soit pas connue dans cette étude, on peut présumer qu'une proportion de ceux-ci participants ne soient pas encore actif sexuellement ou le seraient depuis peu de temps. Également, puisque les ITS sont souvent asymptomatiques, il ne seront donc pas notées comme motif principal de consultation médicale dans la banque de données de la Régie de l'assurance maladie du Québec», précise la chercheuse.

La suite de cette étude

«Il peut paraître étonnant qu’une chercheuse en psychologie s’intéresse à la santé physique plutôt que mentale, mais ce qui m’interpelle le plus dans les séquelles des agressions sexuelles est le lien corps-esprit. C’est dans cette optique que je me suis interrogée sur la façon dont certaines expériences traumatiques, comme l'agression sexuelle, pouvaient avoir des effets à plus long terme sur la santé physique.»

Pour la suite de ses travaux de recherche, Pascale Vézina-Gagnon cherchera donc à mieux comprendre comment l'agression sexuelle peut avoir une influence sur le développement de problèmes de santé génito-urinaire chez les filles en testant un modèle affectif. «Mon hypothèse est que, parmi les filles ayant subi une agression sexuelle, celles ayant souffert davantage de problèmes de santé mentale seront également celles qui seront plus à risque d’avoir des problèmes urinaires et génitaux dans les années suivant l'agression sexuelle.»

À propos de l’étude

Pascale Vézina-Gagnon, Sophie Bergeron, Jean-Yves Frappier et Isabelle Daigneault,

«Genitourinary Health of Sexually Abused Girls and Boys: A Matched-Cohort Study», Journal of Pediatrics, 19 décembre 2017.

Cette étude a été financée par une subvention du ministère de la Justice du Québec (no 126489) et par une bourse du Fonds de recherche du Québec – Santé.

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