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News Release

Les incendies de forêts ne sont pas exclusifs aux climats chauds ou tempérés

13 September 2017 Université de Montréal

Si les incendies de forêt et de végétation sont communs en été sous notre latitude tempérée de la forêt boréale, il est inattendu de découvrir des preuves d’incendies en haute montagne et de surcroît à une époque glaciaire. Cependant, de telles preuves, datant de 20 000 ans, ont été découvertes dans le massif du Queyras, dans les Alpes françaises, à 2240 m d’altitude par les professeurs Christopher Carcaillet, de l’École Pratiques des Hautes Études (Paris) au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (CNRS/Université Lyon 1/ENTPE), et Olivier Blarquez, du Département de géographie de l’Université de Montréal, et ont fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique New Phytologist.

«Cette découverte n’est pas anecdotique, souligne le professeur Blarquez, car elle fait écho aux récents incendies dans les toundras de l’Arctique, qui sont de plus en plus envahies par les arbres ; cette situation a des conséquences importantes sur le cycle du carbone, ce qui interpelle la communauté scientifique. Les changements de couvert boisé en haute montagne, sous l’effet du réchauffement climatique, et surtout de l’abandon de terres agricoles, risquent d’accentuer la propagation des feux dans les prochaines années», prévient-il.

L’étude a permis de reconstituer la fréquence des incendies de végétation et la composition des boisements durant les 20 000 dernières années, incluant le dernier maximum glaciaire, c’est-à-dire l’époque où les calottes glaciaires ont pris le plus d'expansion. Elle apporte la preuve d’un refuge glaciaire d’arbres et d’incendies associés à ce refuge. Elle décompose aussi les interactions à long terme unissant de manière complexe les incendies, la végétation et le climat.

«Les incendies de végétation se propagent lorsque du combustible est disponible et que le climat est sec, illustre le professeur Carcaillet, qui est aussi codirecteur du Laboratoire international associé franco-canadien MONTABOR. Il est donc contre-intuitif d’imaginer des incendies de végétation en zones périglaciaires, subpolaires ou montagnardes. C’est pourtant ce que des sédiments lacustres de haute montagne ont révélé. Des incendies certes rares, mais bien attestés par des charbons de bois, y compris pendant des époques glaciaires et postglaciaires.»

Les incendies en haute montagne à l’époque glaciaire: le pin cembro et le mélèze en cause

Des incendies ont pu avoir lieu dans le massif du Queyras (à cheval entre la France et l’Italie) parce que des arbres y ont survécu en pleine époque glaciaire. En atteste la présence de macrorestes comme des feuilles, des graines, etc. Toutefois, un autre endroit situé plus au nord, dans le massif de la Vanoise (région Auvergne–Rhône-Alpes), où se sont accumulés des sédiments au dernier maximum glaciaire, ne présente pas de traces de végétation. Cette absence de végétation empêchant l’éclosion des incendies, aucun indice de feux n’a été relevé.

Dans le Queyras, le site découvert a donc hébergé un refuge glaciaire de pins cembro et de mélèzes en isolement, «telle une île au milieu d’un océan de glace». Ces arbres en situation de refuge durant le dernier maximum glaciaire pourraient être à l’origine des lignées génétiques de pins cembro et de mélèzes qui occupent aujourd’hui les vallées internes des Alpes occidentales. En outre, le régime de feu s’est modifié simultanément avec le changement de dominance du couvert d’arbres. Au début de l’Holocène (vers 10 700 ans), le climat devient plus chaud et plus humide: le pin cembro, qui dominait en période glaciaire (froide et sèche), où la fréquence des incendies était faible, a été remplacé par le mélèze, associé à des incendies plus nombreux.

«Cette étude montre donc qu’un climat périglaciaire n’exclut pas les incendies, résume le professeur Carcaillet. Des arbres, dans le cas qui nous occupe le pin cembro, sont nécessaires aux incendies en haute montagne, et si le climat influe sur la fréquence des feux, ces derniers, en retour, agissent sur la diversité des arbres.»

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