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News Release
La perliculture, l’or noir de la Polynésie française ?
20 December 2012
Institut de Recherche pour le Développement (IRD)
Deuxième ressource économique de Polynésie française, après le tourisme, la culture de la perle noire doit faire face depuis les années 2000 à une crise majeure. Surproduction, chute des prix, baisse de l’activité qui avait dynamisé de nombreux atolls éloignés… En réponse, les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires(1) aident à maintenir et pérenniser le secteur.
En particulier, les scientifiques ont étudié depuis 2008 le lagon de l’atoll Ahe, au nord de Tahiti. Ils ont notamment piloté des études sur les ressources en plancton disponibles pour nourrir les huîtres perlières et sur la circulation des eaux du lagon.
Ces travaux contribuent aux outils décisionnels destinés aux éleveurs, pour une exploitation durable du « trésor de Tahiti ».
La culture de la perle noire constitue aujourd’hui la deuxième activité économique de Polynésie française, après le tourisme. Pourtant, la jeune industrie (2) a connu une crise majeure au début des années 2000. Le prix du gramme de perle a chuté, passant de 100 à moins de 5 dollars US en 25 ans. Surproduction, désorganisation des circuits commerciaux en sont responsables. La perliculture est aujourd’hui dans une phase de récupération et tente de rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande. À la fois totalement dépendantes de l’écosystème « lagon » et ayant un fort impact sur celui-ci, les fermes perlicoles doivent faire face à de multiples contraintes.
Pérenniser le secteur
Quelles sont les meilleures conditions d’exploitation pour optimiser la capacité et la qualité de production ? La qualité et la taille d’une perle sont liées à l’attention que portent les producteurs au cycle de culture, mais l’environnement de l’élevage reste déterminant. Pour définir les conditions optimales en fonction de l’environnement lagonaire, des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires(1) ont mené depuis 2008 un vaste programme de recherches sur l’atoll d’Ahe, situé à 500 km au nord-est de Tahiti. Le lagon d’Ahe couvre 145 km² et comptait près de 80 concessions perlicoles en mai 2012.
Le lagon d’Ahe et la perliculture
Afin d’évaluer les ressources alimentaires disponibles pour les huîtres perlières du Pacifique Sud, appelées Pinctada margaritifera, les chercheurs ont étudié les variations spatio-temporelles des communautés planctoniques du lagon pendant une année et leurs utilisations par les huîtres. Résultat : les mollusques retiennent moins de 1 % de la production primaire du lagon, c’est-à-dire de matière organique végétale. En effet, cette dernière est constituée à 80 % d’organismes de très petite taille, inférieure à 2 micromètres, que les huîtres assimilent mal. Par ailleurs, le réseau trophique planctonique a été caractérisé, grâce à l’usage de techniques encore jamais utilisées en milieux d’atolls, et grâce aux nombreux partenaires du projet. Enfin, l’étude et la modélisation de la circulation des eaux ont permis de comprendre comment les conditions environnementales influencent la dispersion des larves d’huîtres et donc pourquoi certaines zones du lagon sont plus propices que d’autres à la collecte des naissains, les huîtres juvéniles.
Une faible pollution chimique
L’impact écologique de l’industrie perlière demeure peu connu. Des milliers d’huîtres ont été artificiellement introduites dans plusieurs lagons. Des éponges, anémones et autres espèces invasives épibiontes, autrement dit vivant sur d’autres organismes tels que les huîtres, ont été importées par la même occasion, augmentant le risque sanitaire. Les populations humaines autour des fermes peuvent aussi polluer le lagon. Mais les travaux des chercheurs sur l’atoll d’Ahe n’ont mis en évidence aucun signe direct de contamination chimique du milieu ou d’eutrophisation, c’est-à-dire de prolifération d’algues due à un apport excessif de matières nutritives(3) qui asphyxie les eaux.
Les travaux sur l’atoll d’Ahe permettent de mieux comprendre l’environnement lagonaire en relation avec le métier de perliculteur, ce qui doit permettre à moyen terme d’améliorer les performances techniques et économiques de la perliculture en Polynésie.
- Ces travaux ont été réalisés en partenariat avec la Direction des Ressources Marines en Polynésie française, l’Ifremer, le CNRS et les universités de Polynésie française, de Lille1, de Caen, de la Rochelle et Aix-Marseille.
- Comparé à l’industrie des perles blanches et dorées en Asie et en Australie, vieille de plus de cent ans, la culture de la perle noire, développée seulement dans les années 1960, est relativement récente.
- Essentiellement du phosphore et de l’azote issus des activités humaines.
- La Polynésie compte 250 000 habitants.
* Le saviez-vous ?
Dès l’âge de 2 à 3 ans, les huîtres perlières sont greffées avec une petite bille de nacre issue de la coquille de bivalves d’eau douce, le « nucléus », et un morceau de manteau interne d’huître, le « greffon ». Pendant 18 mois, une perle va se former et grossir autour du nucléus à partir de la nacre du greffon.
http://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique/418-la-perliculture-l-or-noir-de-la-polynesie-francaise