Printer friendly version
Share
News Release
La dégradation anthropique des sols amplifie les inondations du fleuve Niger à Niamey
17 September 2012
Institut de Recherche pour le Développement (IRD)
Le bassin du fleuve Niger sous surveillance
Troisième plus long fleuve d’Afrique occidentale (après le Nil et le Congo), le Niger s’étend sur près de 4 200 km, prenant sa source en Guinée, s’écoulant ensuite au Mali, au Niger et au Nigéria avant de se jeter dans l’océan Atlantique. De par ses affluents, le bassin versant du fleuve intéresse aussi le Tchad, le Cameroun, le Bénin, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Ainsi, 9 pays, réunis dans le cadre de l’Autorité du bassin du Niger (ABN), sont concernés par les ressources en eau du fleuve. Une base de données hydrologique, qui recense les observations de cette structure, des services météorologiques du Niger, du Burkina Faso et du Mali, ainsi que les données du programme international Analyses multidisciplinaires de la mousson africaine (AMMA) permet de suivre les variations du fleuve depuis les années 1950.
Les observations montrent que deux crues principales affectent la région de Niamey : la première, appelée « crue rouge » ou « crue locale », découle de précipitations drainées par les affluents du fleuve situés à la frontière Niger/Burkina Faso, et se produit entre août et septembre. Le seconde, appelée « crue guinéenne », provient des pluies tombées sur les montagnes de Guinée pendant la mousson, et survient entre novembre et mars.
L’utilisation intensive des sols et l’encroûtement, responsables des inondations
Les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires de l’ABN et de l’Université de Niamey ont étudié les causes de la crue du fleuve Niger en 2010, qui ont causé de graves inondations à Niamey, similaires à celles que connaît le pays actuellement. Ils ont ainsi observé un changement du régime hydrologique du fleuve à la station de Niamey. Alors qu’auparavant la crue guinéenne succédait progressivement à la crue rouge, cette dernière est à présent plus prononcée et plus précoce, du fait de la forte augmentation de l’écoulement des affluents locaux. S’ensuit une décrue avant l’arrivée de la crue guinéenne, qui demeure la plus abondante.
Selon Luc Descroix et Pierre Genthon, hydrologues à l’IRD (laboratoires LTHE et HSM[i]) et co-auteurs de l’étude, cette modification des caractéristiques des écoulements serait due à des facteurs anthropiques et non au changement climatique. En effet, l’accroissement démographique au Niger depuis les années 1950 (passant de 3,2 millions de personnes en 1960 à 15,5 millions en 2010, soit une augmentation d’environ 385 % selon la Banque Mondiale) a eu des impacts sur l’utilisation des sols (extension des cultures, diminution des périodes de jachère), engendrant un fort encroûtement des surfaces, qui favorise le ruissellement et les inondations. A travers ces résultats, les chercheurs souhaitent alerter les autorités publiques sur les effets néfastes de la culture intensive et du défrichement sur le régime hydrologique du fleuve Niger et sur l’appauvrissement des sols.
Notes :
[1] Laboratoire d’étude des transferts en hydrologie et environnement (CNRS/IRD/UJF) ; HydroSciences Montpellier (CNRS/IRD/UM1/UM2).
http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/communiques-et-dossiers-de-presse/la-degradation-anthropique-des-sols-amplifie-les-inondations-du-fleuve-niger-a-niamey