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News Release
Nouvelle approche pour la tuberculose résistante
10 August 2012
Institute of Tropical Medicine Antwerp
Des chercheurs de l’Institut de Médecine Tropicale ont remis au goût du jour une technique oubliée et, ainsi, ils ont réussi à détecter la tuberculose résistante dans des circonstances où, auparavant, cela était quasiment impossible. Les bacilles de tuberculose devenus résistants à nos principaux antibiotiques constituent une menace importante pour la santé dans le monde entier.
Si nous n’intervenons pas de manière efficace et rapide, la « tuberculose multirésistante » pourrait se développer en une épidémie mondiale qui anéantirait les acquis médicaux de ces cinquante dernières années. Il y a un siècle, le mot tuberculose était effrayant, plus effrayant que ne l’est « cancer » de nos jours. Durant les dix-neuvième et vingtième siècles, elle fit un milliard de victimes, soit plus que la population mondiale en 1800. Ce ne fut que dans les années 1950 que l’on réussit à endiguer cette maladie grâce aux nouveaux antibiotiques. Les innombrables sanatoriums suisses fermèrent les uns après les autres et furent transformés en hôtels. De nos jours, quasiment plus personne ne se rend compte à quel point « la phtisie » est terrifiante. Le traitement était si efficace qu’en 1960, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) décida de totalement et définitivement éradiquer la tuberculose. Elle a presque réussi.
Mais la Mycobacterium tuberculosis est un adversaire redoutable qui nécessite une cure de différents antibiotiques simultanément durant de long mois. Une chose impossible à mettre en œuvre dans les pays en voie de développement. En raison du grand nombre de traitements irréguliers ou interrompus, de plus en plus de bacilles sont devenus résistants à un ou plusieurs antibiotiques. Au début des années quatre-vingts, les chiffres de la maladie se stabilisèrent, mais ensuite, le nombre de morts a recommencé à augmenter. L’apparition du sida au cours de cette même période a aggravé le problème, car une contamination par une de ces deux maladies favorise considérablement la déclaration de l’autre.
De nos jours, on constate de plus en plus souvent des cas de tuberculose « multirésistante », qui résistent à nos meilleurs médicaments et qui peuvent uniquement être combattus par un traitement coûteux et long avec des substances toxiques. Dans les pays en voie de développement, ceci est quasiment impossible. L’OMS estime que sur les 5 millions de cas multirésistants des dix dernières années, seul un pour cent avait accès au traitement. En 1991, un bacille de tuberculose résistant à 11 antibiotiques a été découvert à New York. Et des cas sont déjà apparus pour lesquels plus aucun antibiotique n'était efficace. Jusqu’à présent, ces bacilles « omnirésistants » sont à chaque fois morts avec leur hôte avant de pouvoir se répandre davantage. Jusqu’à présent.
En 2010, en moyenne 1 sur 30 des nouveaux cas de tuberculose dans le monde était multirésistant, avec des pics allant jusqu’à 1 sur 3. Les patients faisant une rechute après une première guérison présentaient, en moyenne, un taux de multirésistance de 1 sur 5, avec des pics allant jusqu’à 65 %. Les chiffres élevés proviennent tous de l’ancienne Union Soviétique, soit pas si loin de chez nous. Si nous n’intervenons pas, ces chiffres continueront à progresser.
Si nous voulons éviter une épidémie de tuberculose toujours plus difficile à traiter, nous devons reconnaître au plus vite les cas résistants qui ne réagissent pas au traitement habituel et les traiter avec les antibiotiques qui sont encore efficaces. Mais les techniques de laboratoire permettant de reconnaître les bacilles résistants sont difficiles à mettre en œuvre : l’OMS estime qu’en 2009, seuls 11 pour cent des cas multirésistants ont été dépistés.
L’analyse microscopique de frottis reste la technique recommandée pour le dépistage de la tuberculose, mais elle ne permet pas de voir la différence entre les bacilles vivants et morts. Ainsi, il est impossible de savoir si ce que l’on voit sont les cadavres d’un traitement efficace ou des survivants résistants. Ce n’est que si, après une longue attente, les quantités ne diminuent pas, que l’on sait qu’on est confronté à une souche résistante. Pendant tout ce temps, le patient reste contagieux. Une analyse PCR, impliquant une technologie de pointe, permet de constater immédiatement si le bacille appartient à une souche résistante, mais, dans la pratique, cette méthode est impossible à mettre en œuvre, surtout dans les pays en voie de développement. Il en va de même pour la culture de tous les échantillons afin de les confronter en laboratoire à une série d’antibiotiques possibles afin d’examiner, pour chaque patient, quels sont ceux qui sont encore efficaces.
C’est pourquoi Armand Van Deun et ses collègues ont trouvé nouvel emploi pour une technique oubliée : la coloration avec du diacétate de fluorescéine (DAF). Ce dernier colore uniquement les bacilles de tuberculose vivants. On peut donc immédiatement voir si des bacilles résistent au traitement. Les chercheurs ont optimisé la détection des bacilles fluorescents en remplaçant le microscope en fluorescence classique par une version LED. Avec des collègues au Bangladesh, ils ont testé pendant quatre ans cette approche sur le terrain. Ceci a été possible grâce au soutien de l’Action Damien car ils avaient déjà essuyé un refus ailleurs parce que leur technique était trop méconnue.
Mais leur approche est efficace, dans les pays pauvres aussi. Si, après traitement, la coloration DAF était négative, les autres techniques plus complexes ne permettaient pas elles non plus de déceler des bacilles actifs dans les expectorations du patient dans 95 % des cas. Et si le test s’avérait encore positif, on pouvait être sûr qu’il s'agissait d'un bacille résistant.
Ce test simple permet, même dans des laboratoires aux moyens limités, de déceler un grand nombre de bacilles résistants qui, sans ce test, n’auraient jamais été détectés ou l’auraient été trop tard. Les chercheurs écrivent dans l’International Journal of Tuberculosis and Lung Disease : « Ainsi, trois fois plus de patients ont immédiatement bénéficié du traitement de deuxième ligne adéquat, sans perte de temps due à un traitement inefficace sur leurs bacilles résistants ». De plus, leur technique permet de diminuer par deux le nombre de cas pour lesquels ont mettrait en route un retraitement « par mesure de précaution », parce qu’elle démontre que les bacilles que l’on voit avec la technique classique sont des bacilles morts qui ne nécessitent pas d’autre traitement.
http://www.ingentaconnect.com/content/iuatld/ijtld/2012/00000016/00000009/art00008